Parler de l’actualité violente aux enfants (attentats à Paris)

consolés

Suite aux multiples attentats survenus à Paris le vendredi 13 novembre 2015, voici quelques conseils pour aborder avec vos enfants les aspects violents de l’actualité, que cela se passe à côté de chez vous ou de l’autre côté du globe.

Des mots simples pour les plus jeunes

Pour les enfants en dessous de 6 ans, il est préférable d’employer des mots clairs afin qu’ils puissent comprendre les faits de violence sans être submergés par la sémantique. Par exemple, expliquer les faits avec les expressions « guerre » « actes de guerre » est plus judicieux qu’employer des termes comme « attentats, « kamikaze » ou autres. Le terme « guerre » semble approprié car c’est un mot que même les plus petits connaissent et cela leur donne déjà une vision schématique pour appréhender la situation. Il est inutile de rentrer dans les détails car cela accentuerait le côté anxiogène de la situation. L’important est que votre enfant comprenne qu’il s’est passé quelque chose de grave, de violent, mais que tout cela reste des préoccupations d’adultes. Certains enfants n’y verront aucun intérêt et d’autres auront besoin de poser des questions. Il faudra s’adapter à leur sensibilité. A ne pas omettre: lui dire des mots rassurants qui le ramèneront à l’essentiel, le sentiment d’être aimé.

Pour les plus grands dès 7 ans à qui certains mots dans les informations télévisées ou dans les journaux n’ont pas échappé, il est plus approprié d’expliquer clairement les termes et les faits, afin que l’enfant ne se retrouve pas démuni face à des mots qui font peur comme: « attentat », « carnage », « massacre » « terrorisme », ect… S’il demande des explications, il faut les lui donner car c’est en ayant une meilleure compréhension de la situation qu’il évacuera son angoisse. Attention à ne pas basculer dans le trash et le sordide. Au final, revenez toujours à l’essentiel: lui dire qu’il peut revenir à ses jeux habituels et que ce sont des choses d’adultes, le rassurer pour qu’il se sente aimé.

Ne pas cacher ou nier les faits violents

Les enfants sont de vraies éponges et perçoivent très facilement quand quelque chose sort de l’ordinaire dans leur environnement. De plus, il verront les adultes afficher un air grave, ils entendront des bribes d’informations dans les journaux télévisés, ils noteront un comportement anormal de leurs parents et un pic de stress. Tout cela va finir par les alarmer si personne ne prend la peine de valider avec eux le fait qu’ils sont également témoins des événements et font partie des personnes qui comptent sans mise à l’écart.

Pour éviter que votre enfant se sente coupable d’une situation violente qui le dépasse (le jeune enfant est centré sur son ego, il s’imagine vite des choses culpabilisantes et c’est comme cela qu’il perçoit le monde), ne le laissez pas dans l’ignorance surtout s’il vous pose des questions ou si les événements ont été géographiquement proche de votre lieu de vie. Encore une fois des mots simples suffiront à le rassurer et lui permettront de revenir dans son monde d’enfant en sachant que des adultes bienveillants s’occupent de faire en sorte que la situation reviennent à la normale.

Il s’agit de poser avec des mots un cadre sécurisant pour l’enfant sur une situation où on a affaire, d’un côté, à un drame et à de la violence perpétrée sur des innocents, et de l’autre, à des personnes qui prennent en charge la situation (pompiers, policiers, médecins, personnel hospitalier…). Ce cadre rassurant que vous établirez avec des expressions simples en décrivant les images et les scènes vues par l’enfant lui permettront de ne pas rester figé dans l’horreur et de savoir que la vie suit son cours.

Limiter les images anxiogènes

Télévision, affichages dans la rue, images choc à la Une des journaux dans le kiosque du coin, vos enfants ont probablement été exposés à des images anxiogènes. Même si cela est inévitable, il vaut mieux à la maison soustraire l’enfant de la télévision, surtout pour les plus jeunes. Cela représenterait un trop plein d’informations qu’ils ne seront pas à même d’appréhender. Rien ne vaut une explication de votre part avec des mots clairs et simples adaptés à lui comme expliqué précédemment.

Pour les adolescents, qui sont par exemple inscrits sur les réseaux sociaux sur internet, ils ont dans ce cas pu être exposés au pire des images sanglantes, des slogans et des vidéos non censurées de l’actualité, ce qui est choquant. Il faut alors absolument en discuter avec eux, être à l’écoute de leur ressenti, et de leur vision des choses, de leurs peurs avant que leur regard anxieux sur l’actualité ne se transforme en traumatisme.

A la maison, c’est l’occasion d’engager de vraies conversations sociétales et d’accompagner l’ado dans la découverte des réalités du monde dans lequel nous vivons, en clarifiant les choses sur les rumeurs qu’il aurait entendu ou des idées reçues qu’il aurait pu se forger seul. Dialoguer au maximum tout en respectant ses émotions et ses peurs est important pour qu’il se sente confiant en l’avenir.

Il n’y a pas de vies qui comptent plus que d’autres

En France, nous avons la chance de ne pas subir quotidiennement des attentats comme ceux survenus le vendredi 13 novembre 2015 à Paris. Au contraire, nous sommes plutôt très privilégiés au niveau de la qualité de vie et du sentiment de sécurité par rapport au reste du monde. Ailleurs sur le globe, dans d’autres capitales où des personnes comme vous et moi avec leurs familles vivent, ces faits se produisent chaque jour, et le décompte des morts est autrement plus dramatique dès que l’on sort de l’Europe.

Le fait est qu’il n’y a pas le même traitement de l’information dans les médias lorsque des attentats ont lieu à Paris et lorsque qu’il s’agit d’attentats avec des terroristes comme Boko Haram dans des pays comme le Cameroun ou le Nigéria. Le fait est que nous sommes en Europe dans une zone présentée dans nos sociétés comme étant inviolable et intouchable, au dessus des autres, ayant le monopole des valeurs comme la liberté, alors même que c’est de cette même zone d’où partent les flux d’armes de guerre meurtrières à travers le monde.

En tant que parents, nous devons rester alertes quand à la déshumanisation des victimes qui n’ont pas le privilège d’appartenir à la sphère parisienne. Nous pouvons faire preuve de la même émotion, de la même prise en compte de la gravité des violences qui ont lieu aussi sur le continent africain ou au Moyen Orient, de la même vigilance quand à notre consommation d’images choquantes car nous sommes les modèles de nos enfants.

Dès lors que votre enfant est en âge de comprendre et d’apprendre les enjeux du monde géopolitique actuel, il serait judicieux de pouvoir éveiller également son sens de la compassion envers toutes les vies humaines, et pas uniquement envers celles présentées par les médias comme les meilleures ou les plus importantes. Toutes les vies humaines comptent.

Et la religion dans tout ça?

Lorsque de réelles explications s’imposent auprès des enfants, les notions de terrorisme et de religion doivent être mises en lumière afin que l’enfant comprenne la situation dans sa globalité. Définir ce que sont les religions constitue une bonne approche pour éviter les amalgames et pour que l’enfant sache que les terroristes, de par leurs objectifs et leurs actes, ne sont en rien représentatifs d’une religion comme le serait une personne pratiquante de confession musulmane.

Il faut tout d’abord adapter le discours au  niveau d’enseignement, à la sensibilité et la maturité de chaque enfant. Peut-être votre enfant, immergé au quotidien dans un milieu où la diversité culturelle prédomine, ou bien lui-même pratiquant au sein d’une religion, est-il déjà sensibilisé à ces questions? D’ailleurs, l’une des premières questions qui lui viendront à l’esprit en premier est le fameux « Pourquoi? Pourquoi de telles horreurs se sont produites, pourquoi ont-ils fait ça à des gens innocents? ».

En guise de réponses, il convient d’abord de distinguer les terroristes et fanatiques religieux des religions qu’ils pensent représenter. Expliquer en quoi les extrémistes se fourvoient, mais aussi en quoi ces actes de barbarie sont extrêmement graves et ne doivent pas être minimisés (il ne s’agit pas d’acte de folie mais d’actes orchestrés dans les moindres détails par des groupes organisés).

Tu es en vie

Enfin, la question essentielle est d’ordre sécuritaire et cristallise les angoisses. « Est ce que les attentats vont recommencer? Quand? Est ce que ces terroristes peuvent venir chez nous et me faire du mal? ». Ces questions légitimes dont nous n’avons pas la réponse doivent être accueillies de la manière la plus sincère possible. « C’est peu probable, je ne pense pas que ça arrivera, ils sont partis, et nous sommes là pour te protéger. » Le principal étant que plus l’enfant sera entouré et bénéficiera d’un cadre normal (routine quotidienne, école, moments de jeux), moins il sera affecté par ses angoisses véhiculées par l’actualité violente. Faire des projets avec lui pour les jours à venir peut aider à revenir à la vie normale sans difficulté.

Nous espérons que ces conseils vous aideront à aborder ces questions délicates avec vos enfants. N’hésitez pas à nous faire part de votre expérience et comment vous avez vécu ces événements dramatiques avec votre famille, si vous en avez parlé ou non.

 

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